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Lettre • Romance M/M • Décembre 2015

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Une nuit en hiver

A Cédric, qui aura su réchauffer mon cœur enneigé.

On est au mois de décembre. On est partis tous les deux dans les Alpes pour skier. Enfin ça, c'est juste histoire de se retrouver tout seuls pendant huit jours... On a trouvé un joli chalet, à dix minutes à pied de la station. Le soir, on est allés manger tôt. On s'est lâchés sur la fondue et le vin blanc. On n'est pas ivres, on est juste particulièrement bien.

Ça va être la troisième nuit au chalet. La première nuit, on s'est un peu tourné autour, pour finalement dormir chacun dans son lit. Peut-être que tu attendais quelque chose de moi, mais je n'ai pas réussi à déchiffrer ton joli regard noir. Je me suis dit qu'une nuit de plus, ça n'était pas cher payer pour être certain de ne pas te heurter.

Alors on a fait chambre à part. Un peu comme un vieux couple qui n'a plus rien à se dire...

Sauf que moi, j'en ai, des choses à te dire...

Mais, tu me connais, avec toi je suis timide comme un lycéen avec son premier flirt.

Tu sais que je voudrais pouvoir te dire « Je t'aime », et que tu comprennes que ça compte bien plus que tous les autres « je t'aime » de tous les amoureux du monde.

Nous, on n'est pas amoureux, c'est tellement plus que ça...

Le deuxième soir, tu es venu me rejoindre dans ma chambre.

Tu as prétexté que ton radiateur était en panne. Je savais que tu mentais. Tu savais que je savais... Mais ça n'avait pas d'importance...

Tu étais là, debout sur le tapis, au pied du lit, frigorifié dans ta petite chemise noire, et je devinais tes jambes puissantes cachées sous ton jean trop grand.

Tu étais là, pieds nus, devant moi, comme ce mendiant de l'amour que je voulais être pour toi... Tu inversais les rôles... J'étais perdu...

Je me suis approché de toi, et je t'ai pris dans mes bras.

Tu m'as murmuré dans le creux de l'oreille « je veux juste dormir avec toi ». Et moi, évidemment, je n'ai rien compris...

J'ai cru... que tu voulais juste qu'on dorme tous les deux. Alors qu'en fait, tu étais prêt à franchir le cap, mais que tu avais peur que je te rejette... Alors, tu as dit dans mon oreille « je veux juste dormir avec toi ».

Et moi je t'ai pris au mot.

On s'est retrouvés tous les deux dans ce grand lit, chacun à un bout, comme si deux ou trois autres personnes devaient encore venir s'allonger entre nous. Et on a commencé à discuter...

On a parlé de notre rencontre, sur ce quai de gare, à Paris.

On a parlé de nos nuits passées au téléphone.

On a parlé de mes écarts.

Et, en parlant, on s'est rapprochés, dans le lit. Tu as fini dans mes bras. J'étais le plus heureux des hommes.

Le réveil, lui, a été douloureux ! A ne pas vouloir te réveiller, j'ai dormi complètement tordu, coincé entre deux oreillers... Mon dos me fait mal, mais je m'arrange pour que tu ne t'en aperçoives pas.

Inutile de te rappeler mon âge à longueur de temps...

Je te laisse te réveiller doucement dans cet océan de coton blanc, pendant que je vais préparer le café. Je remets des bûches dans la grande cheminée du salon. La vue est magnifique. Tout est blanc. On dirait que notre lit a débordé du chalet !

Tu m'as rejoint, tu as posé ta tête sur mon épaule, tu as déposé sur mes lèvres un baiser aussi léger qu'un papillon... et tu as profité de mon désarroi pour me piquer ma tasse de café...!

Où il y a de la gêne... c'est bien connu... Filou !

On était censés skier... et on est allés faire du shopping. Une heure pour aller jusqu'au bourg d'à côté ! Et presque deux heures pour revenir au chalet, tellement il a neigé entre temps.

Et puis, il faut dire que je n'ai jamais vu personne faire péter une carte bleue comme toi... On a des cadeaux pour toute ta famille, pour toute ma famille... et probablement aussi pour tous les gens qu'on va croiser d'ici la fin de nos vacances. Une voiture pleine !

Quand je pense que j'ai accepté de te suivre parce que tu avais besoin « juste d'une paire de chaussures montantes ». Au passage, comme on n'a pas foutu les pieds chez un seul maroquinier, je me dis que cette mission est un gros échec... Mais peu importe...

On est redescendus au village.

On a dîné en amoureux.

Tu te rends compte : la patronne qui nous balance tranquillement « Ah, les garçons, je vous ai réservé le coin des amoureux » !

On était bien, à côté de la cheminée, un peu en retrait.

On s'est lâchés sur la fondue et le vin blanc. On n'est pas ivres, on est juste particulièrement bien.

Ça va être notre troisième nuit au chalet...

On a enlevé nos chaussures dans l'entrée. Tu t'obstines à vouloir les laisser là, et demain matin, comme chaque matin, tout sera trempé dans l'entrée. Mais on s'en fout.

Ton manteau rejoint le mien sur le canapé.

Je n'avais pas fait attention. Ta chemise blanche, légèrement entrouverte, me fait craquer.

Tu es là, comme hier dans ma chambre.

Debout, vulnérable...

Je m'approche de toi, je pose ma tête sur ton épaule.

« Je n'ai absolument aucune envie de dormir ».

Tu ris. Un petit rire discret, amusé, tendre...

Et tu me réponds, tout aussi doucement : « je n'ai pas envie de dormir non plus ».

Je quitte le doux abri de tes bras un instant.

Je vais éteindre la lumière.

Que tu es beau dans la lumière du feu...

Je déboutonne lentement ta chemise, et je la laisse glisser.

Les flammes dessinent sur ton corps la courbe de mes désirs. Ce tatouage de feu te rend plus séduisant encore...

Je n'ai pas du tout envie de sexe.

Je veux juste faire l'amour avec toi...

Timidement, j'avance ma main, et je laisse courir mes doigts sur ce torse chaud que je connais depuis la nuit dernière. Oh, je t'ai vu cent fois torse nu. Mais jamais avant la nuit dernière je n'avais osé te toucher.

J'avais trop peur de casser ce bonheur fragile qui nous lie.

Aujourd'hui, je n'ai plus peur.

Nos lèvres se rejoignent, se retrouvent, comme si elles ne s'étaient jamais quittées.

Lentement, je sens nos cœurs se caler l'un sur l'autre, calmement, posément, et accorder leur rythme.

Sans même que je m'en rende compte, ma chemise a déjà presque rejoint la tienne, quelque part sur le sol du séjour...

Le contact de ta peau sur la mienne m'électrise. J'ai l'impression que tu n'es plus tout à fait toi. Que je ne suis plus tout à fait moi.

Dans ce décor magique, nos sens ne s'enflamment pas. Ils montent doucement en température, comme si le spectacle de la neige à perte de vue qu'on peut contempler par la baie vitrée nous obligeait à prendre notre temps.

Sans un mot, sans un heurt, nos jeans sont allés rejoindre nos chemises.

Nous sommes tous les deux allongés sur le gigantesque tapis, enlacés par la chaleur de l'âtre et la lueur des flammes.

Le feu dans la cheminée n'est que l'écho de celui qui brûle en nous.

La sueur qui perle sur ta poitrine brille dans cette lumière irréelle, et dessine lentement le contour de tes muscles si parfaits.

Ton boxer ne cache plus grand chose de ce désir qui nous anime, pas plus que le mien. Tu fais un geste pour enlever la fragile cage de tissu, mais je te retiens.

Je souris à ton regard étonné, et tu me souris aussi.

Lentement, ma main caresse ton visage, et entame son périple vers ton désir que plus rien ne peut dissimuler.

Tu frissonnes à chacune de mes caresses.

Tes pectoraux, tes abdos...

Ta peau est si douce...

On dirait de la soie...

Dans les lueurs de la cheminée, ta jolie peau métisse dégage un parfum de luxure et de vice absolu.

Je m'enivre de ce parfum.

Sans hésitation.

Sans remords.

Toujours à son affaire, ma main rencontre la barrière de ton boxer. Lentement, avec la précision que donne l'expérience, mes doigts se glissent sous le large élastique, et s'aventurent là où mes rêves les ont tant de fois emmenés...

Je fais glisser le tissu désormais inutile le long de tes jambes, et il s'échoue quelque part près du tapis.

Tu as l'air à la fois fragile et tentateur, étendu, haletant, en sueur, comme si tu m'appartenais...

Mes mains reviennent à l'objet ultime de ma quête.

Ta queue est dure comme de la pierre.

Alors que je contemple ce trophée acquis de haute lutte, je sens tes doigts caresser les miens.

Mon regard remonte jusqu'à tes grands yeux noirs.

Je vois, je lis dans ces yeux.

Je sais ce que tu veux.

Mais c'est moi qui décide.

Je me penche vers toi, et je t'embrasse.

Il n'y a plus rien de fleur bleue ou de romantique dans ce baiser.

Il est plein de toute la passion du monde.

La tienne.

La mienne.

Alors que je t'embrasse, ma main retient toujours ta queue prisonnière.

Un lent mouvement de va-et-vient.

Un peu comme un bateau sur la mer.

Dans tes yeux, dans ton souffle, je peux lire ton désir qui monte, comme une vague à l'assaut d'un récif.

Ton souffle se fait plus court.

Mon mouvement se fait plus lent.

Tu gémis.

Je laisse maintenant mes lèvres découvrir ce paysage que mes mains ont exploré tout à l'heure.

Ma langue s'enroule autour de tes tétons durcis.

Je sens tes muscles se contracter sous l'ambre de ta peau.

Ton corps est comme une statue grecque qui chercherait à se libérer de ses entraves de marbre.

Intérieurement, je remercie le sculpteur qui t'a sorti de la pierre... Tant de perfection mérite une vie de remerciements...

Alors que j'abandonne ta poitrine pour aborder ton ventre, je peux sentir, une fois encore, ton désir monter. Je sens les battements lourds de ton cœur jusque dans ta queue...

Une fois encore, je ralentis.

Une fois encore, tu gémis.

Je descends tes abdos comme je me baladerai un soir au bord de la Seine : même si, ce matin encore, je ne faisais que rêver ce moment, je suis déjà en territoire ami.

Tu passes ta main dans mes cheveux.

Souvent, entre mecs, le message est clair.

J'attends, un peu crispé.

Et là...

Ta main pousse ma tête.

Avant que j'aie pu avoir un mouvement de recul, je réalise que c'est vers tes lèvres que tu m'attires.

Tu m'embrasses, d'un baiser tendre et fougueux.

« Je voudrais que ce moment ne s'arrête jamais. »

Je te rends ton baiser.

Je suis sans voix...

Ta main, toujours dans mes cheveux, glisse maintenant le long de mon dos.

Cette fois, le message est clair !

Je reprends ma route, caressant, embrassant, vénérant chaque centimètre carré de ce corps magnifique...

Alors que je passe l'équateur de ton nombril, je sens mon cœur cogner plus fort dans ma poitrine.

Ta main est remontée jusqu'à mon cou, et, tandis qu'enfin mes lèvres glissent le long de ce membre que je n'aurais jamais cru ne serait-ce que pouvoir un jour contempler, tes doigts reviennent jouer avec mes cheveux.

Oh, sans pression.

Gentiment.

Tendrement.

Je sens ta poitrine se soulever au rythme de ton souffle, et ta respiration se faire plus bruyante, tandis que ma langue caresse chaque parcelle, chaque point de ton gland prêt à exploser.

Je connais les signes annonciateurs de cette délivrance.

Un souffle plus rapide.

Un cœur qui bat plus vite.

Un corps qui se contracte.

À chaque fois, je ralentis le jeu de ma langue et de mes doigts.

À chaque fois, tu gémis.

À chaque fois, tes doigts se figent dans mes cheveux.

Encore une fois, je sens ton corps se contracter.

Mais cette fois, je laisse faire.

Brutalement, presque sauvagement, tu décharges ton plaisir dans ma bouche, en jets lourds et puissants. Deux fois, trois fois, quatre fois.

Ton gémissement s'est transformé en un cri rauque et sauvage.

Je sens ton corps se détendre.

Pour ne pas perdre une seule goutte du précieux liquide, je lèche soigneusement ta queue qui semble vouloir en redemander.

Puis, ta voix, rauque, presque sourde.

« Embrasse-moi ».

Je me redresse. Toi aussi.

Nous sommes assis, l'un contre l'autre, sur le tapis du salon.

Est-ce la lumière des flammes, ou bien mon imagination, qui dessine des étoiles dans tes yeux ?

Je t'embrasse.

Tu me serres dans tes bras.

Et tu me glisses à l'oreille « À ton tour »...